Mots en liberté

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Une fleur sous la mer

Une fleur sous la mer est un roman proposé par David Max Benoliel

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Après un décalage dû aux délais d’impression, mon dernier roman « Une Fleur sous la Mer » est distribué et fera l’objet d’une présentation et séance de dédicace à la Maison de la Presse de Royan, 1 rue Gambetta, le mercredi 16 juillet prochain à partir de 10 heures 30.

Il s’agit d’un thriller dont les héros sont mes enfants préférés le Commissaire Eliza Sonnelier et Siméon Herrero qui se trouve être auteur de romans policiers. L’action se déroule au Portugal, en Algarve exactement, région que je connais bien. Si tous deux y viennent à ce moment-là, c’est pour cause de voyage de noces.

Lune de miel interrompue en raison du métier d’Eliza, venue de Pandora, fille de Siméon, assassinat de leur femme de ménage, l’histoire est lancée.

L’histoire. Or comme nous nous intéressons à la littérature, je me permettrais de vous dire qu’un roman n’est pas qu’une histoire : un roman est un objet, un peu de la même manière qu’un tableau ou une sculpture. Il n’est pas fait de toile et de couleurs, ni de bois ou de marbre. Il a un style. Il est fait de mots qui appartiennent à une langue, le français (ou l’anglais, ou…, ou…) et d’un langage dont la structure intrinsèque joue un rôle important, même à notre insu.

Nous en parlerons en détail une autre fois, plus particulièrement du problème de la linéarité, puisque le récit se déroule dans le temps pour narrer une histoire qui elle aussi se déroule dans un temps qui lui est propre.

Aujourd’hui, je voudrais attirer votre attention que chaque auteur ne peut pas se contenter de raconter les événements à la queue leu-leu, mais doit créer une structure propre, à ses livres en général, mais aussi à chacun d’entre eux.

            « Une Fleur sous la Mer » est un encastrement de romans. Ce qui est plutôt inhabituel pour un policier. Mon livre est dédié à un auteur anglais, Len Deighton, qui a écrit entre autres de nombreux romans d’espionnage. Parmi ceux-ci, l’un d’eux « Horse under water », se déroule en Algarve. Ce « cheval sous l’eau » est en fait un sous-marin coulé pendant la guerre. De plus « horse » en argot anglais (comme en argot français) désigne l’héroïne.

J’ai eu l’idée de ce roman à l’endroit même où Deighton a situé le centre de l’action du sien, soit 27 place Miguel Bombarda à Albufeira. Dans mon histoire, mon personnage Siméon Herrero est également un admirateur de Deighton et décide de lui dédier un roman précisément lorsqu’il se rend lui-même Place Miguel Bombarda.

Le roman qu’écrit Herrero s’intitule lui-même « Une Fleur sous la Mer ». C’est l’annonce de ce projet de roman à la télévision qui sera le déclencheur de toute l’action de mon histoire en réveillant les fantômes du passé.

De plus, pour créer une tension supplémentaire l’histoire se partage en quatre séries narratives :

1/Un liminaire (pages 9 et 10) qui se situe dans un passé mal déterminé mais que dont on connaîtra la date plus loin dans l’action

2/ Le chapitre 1 (pages 10 et 11) intitulé « Menottés », qui se trouve loin dans l’action. Ce point ne sera rattrapé qu’au chapitre 60 (page 229) intitulé « Toujours menottés »

3/ Le premier corps du récit qui va du chapitre 2 au chapitre 59

4/ La suite et fin de l’histoire et ses dénouements, qui vont du chapitre 60 au chapitre 79.

Bien entendu, les points de vue étant multiples, il y a des « changements d’angle » du récit ; certains passages sont narrés par des acteurs différents, ce que j’ai appelé pour des livres antérieurs «  un récit à plusieurs voix ».

Tout cela a été choisi afin d’animer le récit et  éviter l’ennui de ce que j’appelle « le roman procès-verbal ».

Enfin, coquetterie classique dans ce que j’écris, il y a un indice important au chapitre 6 (page 29).

Je vous invite à suivre le fil de l’intrigue et j’espère que vous y aurez du plaisir. Vous trouverez plus loin le chapitre premier

 

 

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1

 

Menottés !

 

Cela ne durait pas depuis très longtemps, mais je commençais à trouver la position inconfortable. Jugeons-en un peu : j’étais assis sur un sol pierreux au pied d’un arbre, le poignet droit pris dans des menottes, mon bras droit était étiré au-dessus de moi parce que la chaîne de ces menottes faisait une boucle autour d’une branche solide et que l’autre bracelet était solidement fixé  au poignet gauche de la personne assise à ma droite.

Cette personne était, précision à toutes fins, aussi mal installée que moi,  son bras gauche étiré parallèlement au mien droit. Je tournais mon visage vers elle :

—Commissaire, lui dis-je, comment comptez-vous nous tirer de là ?

—Mon chéri, me répondit Eliza, nous ferons comme d’habitude : tu écris l’histoire et moi je la joue.

Elle me souriait tendrement et me fit un clin d’œil qui occulta pendant une seconde l’éclat profond de son œil gauche ombré de cils plus longs et plus beaux que ceux de la reine Cléopâtre. Je m’étonnais une fois de plus de l’extrême calme qu’elle manifestait en toutes choses, et de la trouver d’humeur plutôt flirt alors que notre situation n’était guère brillante, notre avenir incertain et notre vie menacée.

L’arbre auquel nous étions enchaînés n’était couronné que d’un entrelacs de branches sèches et nous étions en plein soleil. Il faisait chaud. Nous nous trouvions dans la cour d’un hangar désaffecté et presque en ruine, en bordure de la lagune. Il avait dû servir à entreposer et conditionner le sel provenant de plusieurs marais salants creusés à l’entour et également désaffectés. Les quatre hommes qui nous avaient enlevés et jetés dans un  gros fourgon après nous avoir ligotés, nous avaient arrimés à cet arbre. Ils avaient défait nos liens, et nous sachant dans l’impossibilité de nous enfuir ne nous avaient même pas bâillonnés : nous étions à des kilomètres de toute présence humaine, en admettant que nos voix puissent franchir les hauts murs qui nous entouraient.

—Mes jeans vont être fichus ! soupira Eliza.

Il était vrai que le sol terreux, rougeoyant par endroits de traces de rouille qui avaient coulé des toits de tôle à l’abandon, n’était pas du tout ce qu’il fallait au pantalon de jean blanc qui moulait agréablement ses formes. J’admirais en silence le sang-froid de mon épouse, qui même en ces circonstances ne perdait pas son sens de l’élégance.

A peu de distance de nous s’ouvrait béant l’accès au hangar, aux gonds duquel pendaient encore les débris de deux portes.  Appuyé à l’une d’elles, un jeune homme courtaud, mal rasé et antipathique ne nous perdait pas du regard, et pointait vaguement dans notre direction un fusil de chasse automatique. Le fourgon avait été garé contre le mur et son mauvais état était assorti au spectacle global de délabrement. De l’espace sombre du hangar une voix rocailleuse avec un accent portugais populaire cria :

—Manoel !

Il nous lança un regard torve, se tourna vers l’intérieur et répondit par un « O quê ? » aux éclats agressifs.

—Aïe ! dit Eliza.

Je trouvais que ce « aïe » avait un caractère euphémique indiscutable.

—Pourtant, me dis-je, toute cette histoire avait bien commencé. Par un mariage, d’ailleurs.

 

 



13/07/2014

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