Mots en liberté

Mots en liberté

Lectures


Lecture du 3 mars 2018

Au travers d'un miroir 

                                    - 

                 Il fallait que j'ai le cœur net. Savoir une bonne fois pour toutes, toutes ses raisons de mes rêves. 

                    Je me pose à côté de mon miroir et je ferme mes yeux après chaque respiration je m'évade au pays des rêves. 

                 J'imagine des personnages et ils commencent de prendre vie. Et me voici au Pays des Merveilles je prends le thé avec le chapelier fou bien sûr que ça se passe dans ma tête, mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce ne sera pas réel ? 

 

Antoine Livolsi


 

Cela pourrait être le début d’un roman…

 

Nicolas sortit de sa voiture en y laissant sa femme Leticia en place passager. Il ferma la porte délicatement et s’éloigna de la voiture sans faire de bruit. Il se dirigea vers la dune et chacun de ses pas amplifiait le grondement des vagues de l’océan. Arrivé au sommet de la plus haute des élévations du bord de plage, il s’assit sur le sable encore chaud de la chaleur de l’après-midi. Il se tortilla pour que le sol épouse la forme de ses fesses. Il se tenait droit, la tête dans la direction de la ligne d’horizon, immobile et silencieux à écouter le vent et regarder les vagues. Si un plagiste pouvait le voir, il remarquerait que ses yeux se déplaçaient de gauche à droite et que sa bouche était semi-ouverte. Il aurait pu croire que celui-ci cherchait à voir quelque chose le plus loin possible. Le soleil se tenait caché derrière l’horizon. Longtemps, il suivit les vagues de gauche à droite comme s’il attendait un bateau, mais quand la première étoile apparut dans le ciel et que la nuit s’approchait, il se leva lentement, puis retourna vers sa voiture en suivant la piste éclairée par la Lune. Il ouvrit la portière, s’assit et resta silencieux.

Laetitia sans ouvrir les yeux ni même bouger lui posa une question étrange.

—     Que font-ils ? lui demanda-t-elle.

—     Ils arrivent à Orly demain, à dix heures du soir.

—     OK ! leur as-tu répondu ?

—     Non ! Il y a un gros orage sur l’Atlantique, nous avons été parasités.

 

Gérard de l'Extrême (texte improvisé)


 

Le buffet

C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons 
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand'mère où sont peints des griffons ;

- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

- O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, 
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires.

 Octobre 1870.

     Arthur Rimbaud - Poésies


 


12/03/2018
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Lectures du 17 février 2018

LE ROI BOITEUX.de Gustave Nadaud

Lu par Fernande DELMAS

 

Un roi d’Espagne, ou bien de France,
Avait un cor, un cor au pied ;
C’était au pied gauche, je pense ;
Il boitait à faire pitié.


Les courtisans, espèce adroite,
S’appliquèrent à l’imiter ;
Et qui de gauche, qui de droite,
Ils apprirent tous à boiter.

On vit bientôt le bénéfice
Que cette mode rapportait ;
Et, de l’antichambre à l’office,
Tout le monde boitait, boitait.

Un jour, un seigneur de province,
Oubliant son nouveau métier,
Vint à passer devant le prince,
Ferme et droit comme un peuplier.


Tout le monde se mit à rire,
Excepté le roi, qui, tout bas,
Murmura : « Monsieur, qu’est-ce à dire ?

Je crois que vous ne boitez pas ?


— Sire, quelle erreur est la vôtre !
Je suis criblé de cors ; voyez :
Si je marche plus droit qu’un autre,
C’est que je boite des deux pieds. »

 


LA « FERME INACCESSIBLE »                 

 de Colette LAURENT

      J’ai fait l’autre nuit, sur le matin, un drôle de rêve. Je ne sais pourquoi, au fond, je le qualifie de « drôle » car ce n’était, en fait, que la répétition, sous une nouvelle forme, de nombreux autres sur le même thème : la recherche de quelque chose à travers des portes qui s’ouvrent à l’infini sur d’autres portes, des rues arpentées à la quête d’un immeuble introuvable, une station connue disparue sur une ligne de métro familière etc… etc…. Là, il s’agissait de routes le long de bois, de dunes, une foule de routes que je suivais les unes après les autres dans le but de regagner le village où j’habitais et qui toutes se terminaient en cul-de-sac.

      Je dois dire qu’à mon réveil, encore toute imprégnée de cette course inachevée, il m’a fallu quelques minutes pour retrouver mes esprits. Alors, bizarrement, m’est revenu en mémoire ce conte lu quand j’avais environ cinq ans. C’était, je crois, mon premier livre. Je le revois encore, un petit format, des pages cartonnées imprimées en gros caractères, illustrées de gravures et qui racontaient les aventures d’un petit lutin appelé P’tit Sou parti à la recherche de la « ferme inaccessible ».  Je ne me souviens pas de l’histoire elle-même, mais de l’impression que m’avait faite ce mot « inaccessible ». Il avait résonné en moi comme un appel lointain, bien qu’ignorant sa signification je devinais que la ferme en question était entourée d’un mystère qui  m’attirait tout en m’inquiétant. Pourtant je n’avais pas envie de savoir de quoi il s’agissait exactement comme si je craignais que la vérité rompe l’enchantement que ce mot me déversait.

      Serait-ce bête de penser avoir eu, déjà à l’époque,  l’intuition de cette route sinueuse parsemée de mirages flottants qui s‘ouvrait devant moi et que nous devons tous emprunter. Certains  auront le pouvoir de capturer ces images et, fiers de leur exploit, s’endormiront ensuite sur leurs lauriers alors que les plus aventureux  partiront à la chasse de nouveaux rêves. D’autres, énervés, furieux ou désespérés de courir, comme ces lévriers à la poursuite d’un leurre qui toujours se dérobe, abandonneront définitivement la piste ou se fourvoieront sur des voies secondaires si rocailleuses qu’ils chuteront sans pouvoir se relever. Enfin, il y aura ceux qui, ayant compris l’inutilité de cette poursuite, décideront de concrétiser leurs fantasmes  selon leurs goûts et leur talent, à travers des créations artistiques, une méthode pas toujours payante, mais qui s’adapte à toutes les imaginations. L’ayant moi-même expérimentée j’ai pu, à ma grande satisfaction accéder, entrer et m’installer dans cette « ferme inaccessible » où peut-être, un jour, P’tit Sou me rejoindra.

 


 

Mon plaidoyer

 de Danielle GUIONNEAU

 

On veut nous clouer le bec!

Disparaitrons-nous?

Nous les oiseaux...

Nous ne pourrons plus chanter.

Dans les villes dans les prés.

Une substance empoisonnée, signe notre arrêt de mort.

Vous avez tort les humains, nous sommes liés à votre destin.

Vouloir nous anéantir, vous jouez là votre avenir.

Vous protégez vos cultures, vos champs, vos blés.

Contre les nuisibles dîtes-vous !

Mais les nuisibles ça devient nous !

Nous voilà empoisonnés ou alors rien à manger.

Pensez-vous vivre sans nous ?

Un silence trouble le ciel.

Pas même un vol d'hirondelles.

Comme une envolée de moineaux.

Vos oiseaux des villes disparaissent.

Moi le moineau je tremble mes frères se meurent.

Rouge-gorge, mésanges désertent vos campagnes vos villes deviennent stériles.

C'est la productivité, vous pensez avoir gagné?

Produire sans nuire, on vous souhaite bien du plaisir.

Mais y avez-vous pensé ?

Vous pourriez le regretter...(?)

Les pluies sont acides.

Vos terres nous enterrent, que faire ?

Fuir, fuir ne plus jamais revenir.

Ne plus sentir la douleur.

Vous quittez à contre cœur.

Nous voilà loin, bien loin de vous...

Pour d'autres contrées plus hospitalières, même si il y a plus de misère.

Pourtant nous avons crié, avant le bec cloué.

Au secours vous nous empoisonnez !

En avez-vous une idée ?

Vous détruisez notre vie, avec elle la vôtre aussi.

Pourtant nos champs sont si beaux.

Nos silhouettes si légères.

Vos jardins, vos balcons se meurent, le silence les étouffe.

Que de tristesse et regret.

Moi le moineau j'ai le cœur gros, mais je vous quitte sans dire mot.

Vous m'avez cloué le bec.

Je le dis, je le répète.

Alors adieu, je sens que ma vie est en jeu.

À méditer...

 

 

 

 

 


19/02/2018
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Lectures du 6 janvier 2018

LES MOTS DE LA MAIN

(Christian DROUAL)

 

Laisse parler ma main

En caresses inédites,

Ses doigts artisans divins

Évitent maladresses et redites…

 

Faut-il absolument des mots

Alors que l’éventail des doigts

Déplie des nuances en effleurant ta peau

La corde glisse et violonne ton dos

Sous l’archet perdu, aux abois.

 

Deux mains ‘’cent mots’’

Pour comprendre demain ?

Mieux qu’une voix sans tain

Elles assurent le paysage.

 

Laisse bégayer mes mains

Elles sont le seul visage

Du masque que tu connais si bien

Et l’éloquence d’un beau massage.

 

Puisque paroles s’envolent

Laisse se poser mes mains

Sur tes étendues d’épaules

Qui frissonnent sous les saules

Espérant de merveilleux lendemains.

 

Abandonnant les mots hésitants,

La tendresse niche aux creux de nos paumes,

Vibrante comme guitares d’un flamenco gitan

Rutilante de mille feux d’automne.

 

Même très beaux

Pourquoi autant de mots

Puisque parle très fort le destin

Par le silence de nos mains.


 

INVENTAIRE

(Christian DROUAL) 

 

Le stylo descendu de l’oreille,

J’aligne des chiffres, un inventaire,

Rien ne pourra venir me distraire

De classer ces merveilles pareilles…

 

Nous disions donc…

Une jambe, une seconde et deux pieds.

Si je n’me trompe cela fait quatre !

Un menton, un front, deux yeux, deux nez…

Erreur, n’est-ce pas, il n’y en a qu’un seul !

Et seul on est innombrable comme dans un puzzle,

N’allez pas croire que j’ai bu du Châteauneuf

Excusez du peu, mais j’en arrive à neuf.

Deux épaules aussi douces qu’éphélidées,

Deux petits seins fragiles comme pattes d’antilope.

J’en compte treize, vous me l’accorderez.

Un ventre, deux bras, deux fesses à peine usées,

J’en profite pour rajouter deux mains ‘’hop’’

Puis deux lèvres fraîches comme la rosée,

Un sexe, ne vous déplaise et un cœur très beau,

Beau, simplement beau comme un superbe cadeau

Tout simplement un  joli cœur,

Battant chamade et bonheur…

Je compte bien d’ailleurs ne pas m’enfermer au cloître

Cela fait tout bonnement vingt-quatre.

 

Je reporte le tout en haut de la colonne

Et retiens au-dessus, un cou très élégant,

Brandissant un fin minois craquant

Couvert de cheveux bouclés, que j’additionne.

 

Trente-deux dents, de quoi être ébloui,

Cachent un sourire qui dit oui.

Où en suis-je, je ne sais plus

Combien cela fait exactement

Je suis désolé, mon Dieu

Je suis carrément perdu,

Pourtant je ne peux faire mieux,

Le compte est bon, j’en suis certain.

Sans tarder, je reviendrai

Finir avec grand soin

La liste totale de cet inventaire,

Elle est trop belle, soyons discret,

Il est grand temps de se taire.


 

Une rencontre enchantée 

(Antoine Rivolsi)

 

Ce fut un matin de Noël que surgit un Elfe, car c'était vraiment la première fois que j'en voyais un. 

Puis, soudain, il engagea la conversation, il était courtois, c'était un personnage fort sympathique. 

Après cette rencontre en rentrant à la maison j'ai dit à mes parents que j'ai rencontré un Elfe, personne ne me croyait alors j'ai dit "j'ai vraiment vu un Elfe comme je vous vois !"

Ma mère me disait d'aller dans ma chambre, car les Elfes n'existent pas. Or moi je sais ce que j'ai vu : les Elfes existent. 

Les adultes ne croient pas à l'existence de ces créatures magiques, car ils oublient facilement leur âme d'enfant. 

J'avais une question qui me taraude dans la tête : où se cachait cet Elfe ? Puisque je ne le saurais jamais. 


 

Feuille morte

(Gérard de l'Extrême)

 

J’ai soulevé une feuille morte

Qui était tombée de mes livres

Il y avait dessous tout une sorte

De mots malades qui enivrent.

 

J’ai déchiré une feuille vierge

De mon cahier d’écriture sage.

Je l’ai, à la lueur d’un cierge,

Salie de mes mauvais présages.

 

Il y a dans les mots de violence

Du sang qui coule comme le fiel

Et donne malheur et souffrance

D’un ange endiablé venu du ciel.

 

J’ai soulevé une feuille morte

Qui était tombée de mon arbre

Il y avait sous elle une sorte

De vie froide comme le marbre.

 

J’ai arraché la feuille encor verte

Qui refusait de vouloir mourir

Je l’ai, à mon bel herbier offerte,

En la classant dans les martyrs.

 

J’ai marché au bruit des feuilles

Qui craquent sous mes pas lents

En refusant de faire leurs deuils

En espérant voir le printemps.

 

 


12/01/2018
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