Mots en liberté

Mots en liberté

Lectures du 20 mai 2017

CHAOS

 

 

Morts, que de morts-corps

Perdus et fêlés des guerres

Jalons et tombes en décor

Sans même le choix de la pierre.

 

Nuits percées trouées fouettées d’éclairs

Le monde vacille et tremble sur son sort

De sales vermines poussent sur le cancer

D’immondes ordures froides à l’aurore.

 

Vautours funestes et hagards

Tournoient en ballet d’un néant éternel

Pourfendant le glacé de la nuit noire

Pour becqueter les âmes blessées et criminelles.

 

Œil livide, bouches entrouvertes souillées de boue

Mouches dansantes sur les chairs puantes

D’où jaillissent rats et reptiles d’un grand égout

Où le silence réduit la poésie en peaux mortes et hurlantes.

 

Que restent-ils de nos beaux rêves d’enfance

Pas même la fougue inavouée des amours

Aucun horizon écartelé par l’absence d’espérance

Que des lambeaux pourris suspendus aux labours.

 

Et sur le cadavre encore fumant de la terre

Croire aux parfums des fleurs à la beauté des coraux

Est une gageure, les ténèbres se lèvent où je me perds

Sur le rouge ring des guerres, l’homme pleure son K.O.

 

1O mai 2017, Christian Droual

 

 

Un rêve 

                                    - 

 J'ai rêvé 

 que je volais 

parmi les nuages 

 je me voyais 

comme un enfant 

qui renaît 

je sentais 

le vent sur mon visage 

je commençais

â comprendre 

le sens de ma vie 

Je meurs 

alors je vole 

parmi les nuages 

 

Antoine 

 

 

Lettre à une inconnue

 

Quand je vous ai vue la toute première fois

Vous étiez assise sur le banc du coin du bois

Vous lisiez certainement une histoire d’amour

Ou le conte merveilleux d’un bon troubadour.

 

Depuis ce jour, il n’est pas une heure de paix

Sans que mon esprit ne pense à vous sans arrêt

Votre beauté, chère madame, m’a ébloui

Et mon cœur a suivi le tempo qui réjouit.

 

Je vous écris ces vers pour vous dire ma flamme

Je vous demande de bien me livrer votre âme

En lisant ce poème qui vous est adressé

Car je suis fou de vous, prêt à me suicider.

 

Je vous en supplie, trouvez dans mes mots d’amour

Le sucre et le miel de mes sentiments du jour

Je vous aime, je ne pourrais vivre sans vous

Je vous honore, pour ne pas devenir fou.

 

Ne me laissez pas mourir…

 

Gérard de l’Extrême

 

 

 

La légende de la Coubre.

 

Jean est un garçon qui sort de l’adolescence. Ses parents – sa mère surtout – sont fiers de lui, car il bénéficie d’un physique d’une rare beauté. D’une taille raisonnable, son corps parfait et ses yeux bleus font de lui un personnage hors du commun. Il le sait, on ne fait que de le lui répéter, mais il trouve cela ridicule, car il sait bien que la beauté ne dure que quelques années et n’enrichit l’âme de personne. D’un tempérament souriant, ce qui ne gâche rien, il est du genre solitaire et sans fuir les autres, il n’est pas à l’aise avec eux, en particulier avec ses amis les plus proches. Il ne joue pas de sa notoriété de beau garçon, au contraire, comme par réaction aux réflexions des uns et des autres, il se réfugie dans un mutisme qui étonne. Il vient de réussir son baccalauréat série "S" avec une mention très bien et son inscription à la faculté de médecine de Bordeaux lui permettra à la rentrée prochaine de s’installer au centre de la capitale girondine dans un petit studio avec un étudiant de Montfort en Chalosse qu’il ne connaît pas encore. Ses parents, tous les deux professeurs au lycée de Royan, ont négocié cette location avec les parents d’un dénommé Charles qui est le fils du propriétaire dudit studio. Ils vivront les plaisirs de la colocation.

Cet été, son dernier été de lycéen, il va en profiter le plus possible. Majeur, il se sent adulte et libéré de l’emprise de son père qui ne lui cède pas grand-chose depuis qu’il est né. À Breuillet, la maison de famille ne se situe pas très loin de l’immense forêt de la Coubre, alors, cet été, il va pouvoir la visiter en totalité. Jean possède en effet une passion pour les forêts sauvages, car il y trouve une ambiance en adéquation avec sa vision du monde. Cette intuition est un secret que personne ne connaît et ne pouvait imaginer. Même sa mère ne connaît pas sa conception du sens de la vie qui le hante. Son projet de quinze jours, peut-être moins, consiste à parcourir toute la surface boisée en prospectant chaque zone et chaque dune qui borde l’océan. Il sait que son expédition se réalisera sûrement sous la surveillance des agents des eaux et forêts et qu’il va aussi devoir se protéger de leur vigilance. Son idée est un peu folle, elle lui permettra de découvrir les éventuels secrets de la forêt de la Coubre qui ont été les fantasmes principaux de toute sa tendre enfance. Son imaginaire avait construit une légende à cause de ses choix de lectures et des histoires que sa mère lui avait lues, mais il ne se doute pas que sa passion avait d’autres sources qu’il ne trouverait pas glorieuses.

Il quitte le domicile familial en pleine nuit. Il fait une nébulosité de rêve. Le ciel étoilé brille comme pour fêter le début de son aventure. La lune ronde éclaire son chemin et les rares ombres ne lui font pas peur. Enfant, il avait toujours imaginé que dans cette forêt qui lui paraissait sans limites, cette forêt dont son père lui disait qu’il y avait de mystérieuses fées, mais aussi de méchants monstres, il trouverait une femme de légende qu’il s’était fabriquée. Elle devait être aussi belle que lui et elle devait avoir des pouvoirs magiques de fée. À son âge, il ne croit plus au père Noël ni aux fées ou même à la magie. Ce qu’il cherche sont les fondements de la légende qui dit que se cacherait une magnifique fille sauvage qui serait née d’une Sirène et d’un fils de Charentais ermite, ce dernier étant lui-même né d’une fée et d’un descendant de Neptune. La légende est belle, mais la probabilité que ce soit une réalité est impensable.

Son évasion à cette heure de la nuit lui permet d’être avant le lever du soleil au milieu des arbres qui sentent bon la résine et l’humus. Assis sur un haut, il regarde en direction de l’océan, en face de la brise, pour apercevoir les ombres projetées des majestueux pins maritimes qui l’entourent. Les variations de luminosité et le scintillement solaire qui s’accroissent créent une atmosphère riche en émotions et le silence le plonge dans une rêverie magique. Sans rien d’autre qu’une gourde d’eau et un couteau, il se lève et, le plus discrètement possible, il avance d’arbre en arbre en direction du soleil couchant. Il sait que les gardes ne commenceront leur patrouille qu’à neuf heures, mais il sait aussi qu’ils font cette ronde en 4x4 et que l’été, pendant les vacances, ils se postent sur les hauteurs pour surveiller les débuts d’incendies et qu’ils vérifient que les touristes ne se perdent pas en forêt.

Sans manger, buvant l’eau de sa gourde par très petite dose, il progresse de creux en creux, jusqu’à la zone la plus isolée de la forêt. À cet endroit, la dernière tempête avait abattu les pins dans tous les sens. Ses amis les arbres furent enchevêtrés les uns sur les autres et une odeur de mort végétale stagne. En ce lieu morbide, il sait qu’il ne trouvera pas de réponses à la légende. 

Dans la nuit, en entendant le raffut d’une harde de sangliers qui s’approche de sa position, il décide de traverser la route côtière qui le sépare de l’océan. À ce niveau, la distance entre la route et la plage sauvage est assez importante. Il sait qu’il devra revenir sur ses pas quand le jour se lèvera pour ne pas rencontrer les touristes qui cherchent à s’isoler pour bronzer nus au soleil. Lorsqu’il parvient au sommet de la dernière dune, il aperçoit le plan d’eau qui brille faiblement aux rayons lunaires. Devant le spectacle magique du ciel qui rejoint l’eau sans le dire, il sent la brise qui inonde son corps d’une fraîcheur qui efface les effets du soleil sur sa peau fragile d’adolescent. Assis en tailleur, le buste droit, les mains sur les genoux, il écoute le bruit des vagues qui se mêlent à ceux des arbres qui gémissent. Lorsqu’il voit la silhouette qui longe la rive en silence, il reconnaît celle d’une femme enveloppée dans un voile blanc éclairé par la lune et qui crée une vaporeuse luminosité qui l’entoure. Figé, Jean regarde celle qu’il n’aurait jamais cru voir un jour ou une nuit. Lorsqu’il se leva pour tenter de la suivre, elle disparut comme absorbée par la nuit ou entraînée par une vague.

A-t-il rêvé éveillé ? Sa muse existe-t-elle vraiment comme dans son imaginaire ? Il se pince la peau du ventre pour vérifier qu’il ne dorme pas et rejoint les vagues pour suivre les traces de pas. La nuit est assez lumineuse pour qu’il voie bien que le sable est vierge de toutes marques de pied et qu’il a sûrement rêvé. Pourtant, il se convainc que ce sont les vagues mourantes qui les ont effacées.

Lorsque la nuit devient grise, il ne résiste pas au plaisir de longer le bord de l’eau. L’océan est calme et seuls les oiseaux l’accompagnent dans sa marche à la recherche de celle qui hante son esprit depuis sa tendre enfance. Avant que le soleil n’inonde tout, il rejoint la forêt et se terre au fond d’une cuvette naturelle pour attendre le moment favorable à ses recherches. Il croit comprendre que la femme de sa légende se tient en bord d’océan et qu’elle ne paraît que la nuit. Il sait maintenant qu’il va devoir la dénicher en trouvant son repère du jour où elle se protège du soleil. Deux dunes plus tard, il découvre enfin celle que son imaginaire avait créée. Elle est posée là sur son voile blanc le corps exposé au soleil. La voyant, il reste figé et admire les formes de sa silhouette bronzée, elle est la même que celle de son enfance. Soudain, il se souvient de ce jour qui avait marqué profondément son esprit. Il se souvient de la femme nue et belle qui livrait son corps au soleil et aux passants qui longeaient la plage. C’était la première fois qu’il voyait une femme qui se montrait entièrement. Elle s’était approchée de lui, lui avait mis la main sur la tête en lui faisant un sourire qui avait pénétré son âme au plus profond. Il avait onze ans, il courait encore sans maillot sur la plage comme beaucoup d’enfant de son âge. Alors, quand elle le toucha, il ressentit quelque chose d’étrange qu’il ne sut pas identifier. Le soir, Jean ne cessa de songer à la femme qu’il avait vue dans sa splendeur. Lorsqu’il alla se coucher, il ferma les yeux et la vit clairement le prendre dans ses bras. Ce qu’il a entre ses jambes se raidit si fortement, qu’il imagina que cette femme était une fée au pouvoir magique. Alors, elle vint souvent hanter ses nuits d’adolescent pour le soulager de ses tourments.

En voyant cette femme aujourd’hui, il vient de comprendre ce qu’il cherche depuis trois jours et deux nuits. En voyant sa muse devant lui, il n’hésite pas un seul instant et il va s’asseoir près d’elle en silence. Elle ouvre les yeux et découvre celui qui ose envahir son territoire de sable. Elle aurait dû s’offusquer, lui demander de partir, cacher ce qu’il ne saurait voir ; elle ne fit rien de tout cela, mais elle lui sourit et lui dit bonjour avec une voix de miel.

La peur passée pour elle, l’émotion passée pour lui, ils partagent leurs sentiments en étudiant la réaction de l’autre. Elle ne se rhabille pas, il ne se déshabille pas, elle s’interroge sur sa beauté, il voudrait tout savoir d’elle. Assis tout près de l’autre, elle attend qu’il cesse d’attendre, et lui, attend de savoir ce qu’elle attend. Ils se lèvent ensemble dans le même geste pour rejoindre la plage déserte en cet endroit de la côte, puis ils vont en courant se jeter dans les rouleaux de l’océan.

Quand ils reviennent s’asseoir sur le voile blanc, un petit garçon accompagné de ses parents passe devant eux. Il coure sur le sable chaud. La muse de Jean lui sourit, pose la main sur sa tête avant qu’il ne s’enfuie. Jean sait qu’il a environ dix ans d’âge et qu’à partir de ce soir ses nuits seront belles et tourmentées.

Le soir venu, sous le ciel étoilé, au clair de lune, sur le voile blanc, ils ne font pas que dormir, ils ne font pas que s’aimer, ils ne font pas que se baigner, ils signent sur le parchemin des âmes un pacte qui les lie pour l’éternité.

À la rentrée universitaire, lorsque Jean s’installe à Bordeaux, il fait la connaissance de son ami Charles dans son studio, mais le lendemain, dans son groupe universitaire, il est très étonné que sa muse soit là, souriante et belle comme dans ses rêves d’enfant. C’est pour cela que maintenant, Charles se retrouve seul dans son studio et que Jean croit sans le moindre doute aux légendes de la forêt de la Coubre en cohabitant avec sa muse.

 

Gérard de l’Extrême



24/05/2017
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 26 autres membres