Mots en liberté

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Le poète du mois

Paul Verlaine

  

  

  

 L’œuvre de Paul Verlaine 

          Paul Verlaine est avant tout un poète : son œuvre offre moins d'une dizaine de courts recueils publiés entre 1866 et 1890, mais les poèmes ont été écrits pour l'essentiel avant 1880, c'est-à-dire entre 22 et 35 ans. Les textes ultérieurs sont très inégaux et souvent de caractère alimentaire.

          Ses textes en prose sont tardifs et surtout autobiographiques (Les Mémoires d'un veuf, 1886, Mes Hôpitaux, 1891, Mes Prisons 1893). Son essai sur Les Poètes maudits (1884) tient cependant une grande place par les découvertes qu'il contient : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé, et dans la seconde édition, parue en 1888, Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l'Isle-Adam et Pauvre Lelian (anagramme de Paul Verlaine).

 

         

       Musée Paul Verlaine 

 

          La carrière poétique de Paul Verlaine s'ouvre avec les Poèmes saturniensde 1866, bref recueil de 25 poèmes qui rencontre peu d'échec mais Verlaine s'annonce comme un poète à la voix particulière, jouant subtilement sur les mètres pairs et impairs, les rythmes rompus et les formes courtes dont le sonnet. Se plaçant sous la sombre égide de Saturne, il cultive une tonalité mélancolique qui fait de certains poèmes des incontournables de la poésie lyrique (« Mon rêve familier », « Soleils couchants », « Promenade sentimentale », « Chanson d’automne »). Fêtes galantes de 1869, composé de 22 poèmes aux mètres rapides et aux strophes peu nombreuses et courtes, se présente au premier abord comme un recueil de fantaisies à la manière de Watteau dans lesquelles Verlaine multiplie les jeux de prosodie, mais le sentiment de l'échec et de la vanité des jeux amoureux des petits marquis et des Colombines colore peu à peu le recueil, jusqu'au poème final, le célèbre « Colloque sentimental » où « Dans le vieux parc solitaire et glacé (…) /L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. »

          La Bonne chanson paraît en 1872, mais l'édition était prête dès 1870. Il s'agit de 21 poèmes dédiés à sa fiancée Mathilde et écrits pendant l'hiver 1869 et au printemps 1870 qui constituent « une chanson ingénue », plutôt convenue et sans doute un peu mièvre. Citons en exemple une strophe du poème XIX : « Donc, ce sera par un clair jour d’été : /Le grand soleil, complice de ma joie, /Fera, parmi le satin et la soie, /Plus belle encor votre chère beauté ».

          Il n'en va pas de même des poèmes écrits dans les années du tumulte qu'apporte Arthur Rimbaud dans la vie de Paul Verlaine : une part de ceux-ci est regroupée dans Romances sans paroles, bref recueil de 21 courts poèmes, qui est publié en 1874 pendant son séjour en prison en Belgique. Une touche nouvelle apparaît, plus dynamique avec des instantanés nourris des souvenirs amoureux et des impressions reçues lors de la vie errante avec « l'homme aux semelles de vent » en Belgique et en Angleterre (« Quoi donc se sent ? /L’avoine siffle. /Un buisson gifle /L’œil au passant. » « Charleroi »). Les sous-titres comme « Ariettes oubliées » ou « Aquarelles » renvoient à des mélodies légères (« Il pleure dans mon cœur /Comme il pleut sur la ville », « Ariettes oubliées », III) et à des «choses vues », Verlaine notant comme un peintre impressionniste la correspondance entre les états d'âme et les paysages :

 « L’ombre des arbres dans la rivière embrumée

    Meurt comme de la fumée,

    Tandis qu’en l’air, parmi les ramures réelles,

    Se plaignent les tourterelles.

    Combien, ô voyageur, ce paysage blême

    Te mira blême toi-même,

    Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées

    Tes espérances noyées ! »  

 

Romances sans paroles, « Ariettes oubliées », IX.

Article extrait de Wikipédia 

 

 

NEVERMORE

  

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne

Faisait voler la grive à travers l'air atone,

Et le soleil dardait un rayon monotone

Sur le bois jaunissant où la bise détone.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant /

« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d'or vivant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

Un sourire discret lui donna la réplique,

Et je baisai sa main blanche, dévotement.

-Ah ! Les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !

Et qu'il bruit avec un murmure charmant

Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

 

Verlaine (poèmes saturniens) 

 

 MELANCHOLIA IL BACIO

  

Baiser ! Rose trémière au jardin des caresses !

Vif accompagnement sur le clavier des dents

Des doux refrains qu'Amour chante en les cœurs ardents

Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses !

Sonore et gracieux, Baiser, divin Baiser !

Volupté nonpareille, ivresse inénarrable !

Salut ! L'homme, penché sur ta coupe adorable,

S'y grise d'un bonheur qu'il ne sait épuiser.

Comme le vin du Rhin et comme la musique,

Tu consoles et tu berces, et le chagrin

Expire avec la moue en ton pli purpurin...

Qu'un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique.

Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,

T'offrir que ce bouquet de strophes enfantines :

Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines

D'Une que je connais, Baiser, descend, et ris.

 

Verlaine (poèmes saturniens) CAPRICES 

  

  

Article et Sélection Danielle ZONCA 



07/04/2013

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