Mots en liberté

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Recueils de nouvelles


Nouvelles insolites

 (recueil)

Auteur : Gérard de l’Extrême
Édition : la Safranière.
ISBN : 978-2-919484-05-8

Prix de vente : 13 €
Port : 3 €

 

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RÉSUMÉ

Treize nouvelles ou histoires courtes pour une variété qui étonne par le style comme par une philosophie particulière.


 

 Extraits : (la pomme de vie)

 

Nous quittâmes le Novotel, une partie dans le quatre-quatre, le reste dans la berlinede Pruneau. Nous ne passâmes pas par la route d’hier, mais par des rues étroites, puis par un boulevard bordé d’arbres ; nous arrivâmes chez Pruneau par un sentier étroit qui nous permit de nous retrouver dans le parc, derrièrela maison. Nousdébarquâmes : Paul, sa valise à la main, visita du regard les moindres recoins. Cela me surprit, mais le guide nous interpella immédiatement pour que nous le suivions. Nous descendîmes dans une grande pièce du sous-sol, où je découvris tout ce dont nous avions besoin pour une expédition en forêt : vêtements de brousse, cordes, lampes ! La panoplie était complète.

– Nous partons dans un quart d’heure, préparez-vous ! nous dit le guide.

– Allez, changeons-nous !

– Les deux qui restent ici viennent avec moi, s'il vous plaît, allez ! Venez !

En dix minutes, nous avions tous les quatre l’allure de vrais professionnels. Lorsque nous avions changé de vêtements, j’avais apprécié le string de Jo. J’avais souri en pensant que si les indigènes étaient anthropophages, ils allaient se régaler et se battre pourla cuisse. Leconducteur avait fixé les nourrices d’essence et les plaques, la pelle et la pioche de désensablement. Notre guide, une mallette à la main, prit place sur le siège avant, Sabine et Jo se mirent l’une à côté de l’autre à l’arrière. Lorsque je voulus monter devant avec le guide, il me demanda gentiment de passer derrière avec Fabien. Allez savoir !

Nous partîmes à tombeau ouvert, nous suivîmes un itinéraire qui laissait à penser que, si on avait voulu nous perdre, c’était ainsi qu’il fallait s’y prendre. Comme nous allions encore plus vite sur la nationale qui nous emmenait vers l'ouest, nous pouvions croire que nous avions toutes les polices du monde aux trousses, ou que le jeune conducteur voulait se faire plaisir. Bien que ce quatre-quatre fût moderne et climatisé, comme notre guide n’avait pas fermé la fenêtre, nous baignions dans notre transpiration et recevions de grandes bouffées de chaleur, sans parler dela poussière. Jelui fis signe pour qu’il remonte sa vitre, il me hurla : « c’est pour vous acclimater ! » Nous ne fîmes pas une seule pause, nous ne manquions aucune des déformations de la route qui, depuis bien longtemps, était une piste sommaire et sableuse. Secoués, suants, poussiéreux, dès qu’il s’arrêta, nous sortîmes de cet engin de torture. Sous un arbre, il devait être treize heures, la chaleur de l’air me brûlait la peau.

– Mangez vite ! nous dit le guide ; faites vos besoins, nous partons dans dix minutes.

Dix minutes ne furent pas onze, plutôt neuf et demie. Nous roulâmes tout l’après-midi, nous dormîmes dans un fossé, nous partîmes au lever du jour, pour en fin de journée, stopper devant un fût de deux cents litres, jaune comme un canari. Méconnaissable, Sabine ressemblait à une Rome, et Jo à une Gitane, les cheveux en bataille et un fond de teint assez soutenu en couleur. Nos sacs et équipements à peine pris, nous poussâmes le quatre-quatre dans une case faite de branches et de feuilles, puis nous entassâmes des ramures de feuillus pour le cacher complètement. Je ne me rendis même pas compte où et quand le conducteur avait disparu. Notre guide se changea devant nous. Sans la moindre gêne, il se déshabilla et, avec une adresse étonnante, se fixa un cache-sexe rudimentaire en fibre d’écorces qu’il sortit de sa mallette où il plia soigneusement et rangea ses habits. Il prit une lance dissimulée sous un tapis de feuilles, puis nous fit signe de le suivre. Cet homme entièrement nu n’était pas indécent, il était beau, il était vrai.

 

Extrait 2 (Le mystère du domaine de la Valière)

 

Elle le regarda, admirative de son célèbre entêtement. Elle s’assit sur la margelle des escaliers du terre-plein et le laissa s’épuiser à vouloir casser cette porte. En fin de matinée, il ne comprenait toujours pas pourquoi ses tentatives avortaient, pourquoi les coups semblaient être amortis par le bois et pourquoi les chocs résonnaient aussi fortement dansla cave. Cefut l’après-midi, vers quinze heures, qu’il parvint à desceller les premières pierres qui tenaient les gonds de la porte, mais au moment, où Madeleine se pencha pour les ramasser, elle ressentit une étrange impression. Elle s’immobilisa, reprit sa respiration, le malaise persistait avec suffisamment de force pour qu’elle s’interrogeât. Tel un métronome, Nestor tapait durement sur les scellements dela porte. Leshurlements qu’ils crurent entendre tous les deux les électrisèrent. Ils reculèrent machinalement et Madeleine s’accrocha au bras de son homme. Il mit une longue minute avant d’être en mesure de prononcer un mot. La main qui tenait la cognée serrait aussi fort le manche, que celle qu’il avait portée à sa bouche, pour empêcher un cri d’en sortir. Ils attendirent dans le silence qu’il se passât quelque chose. Les hurlements devraient encore se faire entendre, l’attente était une torture insupportable. Les yeux injectés de sang, le cœur battant à tout rompre, la colère à son paroxysme, l’amertume dans la bouche, il se jeta dans un combat destructeur, ne maîtrisant plus sa force.

Les premiers coups de l’assaut furent si violents que des gerbes d’étincelles jaillissaient des pierres éclatées.

– Henri ! Je vais te détruire, hurla-t-il de toutes ses forces.

– Nestor ! hurla-t-elle avant de se jeter à ses pieds.

Lorsque la porte bascula d’un seul tenant à l’intérieur de la cave, le bruit sourd qu’elle fit en s’écrasant dans les escaliers fut si amorti, qu’ils crurent que quelqu’un l’avait retenue. Le trou béant, noir, d’où se dégageait une odeur pestilentielle ne livra pas le mystère dela cave. Ilsne voyaient rien d’autre que l’obscurité.

– Vois-tu quelque chose ?

– Non, rien, répondit Madeleine.

– S’ils sont partis par le grenier, je vais avoir leurs traces. Ils sont foutus.

– Vas-tu descendre dans la cave ? J’ai un mauvais sentiment, il te faut un bon éclairage.

– Va me chercher la torche.

– J’ai peur, je sens leur présence, Nestor ! Ne m’abandonne pas !

Allez savoir pourquoi il se sentait capable de vaincre le Diable en personne, pourquoi il était si sûr de lui. Sans angoisse aucune. Serait-ce parce qu’il était parvenu à vaincre la porte qui lui résistait ? Serait-ce parce que rien ne s’était produit quand elle était tombée ? Ce qui était certain, c’est qu’il resterait le maître chez lui. Ils la virent ensemble, la petite lumière qui venait de la base du trou noir et semblait grossir en s’approchant dela sortie. Unedeuxième apparut à gauche, suivie d’autres encore.

– Nestor ! Qu’est-ce ?

– Je ne sais pas… écoute !

En dehors du grillon qui se tuait à appeler sa femelle en se frottant les ailes, ils n’entendirent rien qui accompagnait les lumières de la cave.

– Sortez de là, cria-t-il de sa plus autoritaire des voix. Allez ! Oust !

Ils attendirent encore un peu, puis, prenant Madeleine par la main, il partit se poster à l’angle de la maison. Elleguettait la sortie de la cave, lui surveillait la porte dela maison. Lanuit tomba rapidement, et, dans l’obscurité, ils durent abdiquer et abandonner leur surveillance. Ils passèrent tous les deux la nuit au pied de la grande cheminée allumée. Le pieu dans une main, la cognée à la portée de l’autre, Nestor regardait sa dulcinée dormir.

...




27/03/2013


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