Mots en liberté

Mots en liberté

Lectures du 18 février 2017

SUR  L'ÎLE  DE  LA  SOLITUDE

 

Sur l’île de la Solitude,

Il pleut des nuits à l'infini.

Dans un  châle le cœur s'enroule

Pour cicatriser en douceur

Les meurtrissures de l'absence.

 

Sur l'île de la Solitude,

Lorsque fuit l'arrière-saison,

On ne peut plus coudre le temps

Sur l'étoffe de l'espérance.

Les bords de la vie s'effilochent

Comme nuages effrangés.

 

Sur l'île de la Solitude,

Le vent fatigué de crier,

Se déchire sur les rochers,

Devient soupir sur les galets...

La pensée ouvre alors ses ailes,

Comme des voiles sur la mer

Peuplées d'îles imaginaires

Où l'on ne craint la solitude.

 

Fernande  Delmas

 

Je ne sais pas…

 

Je ne sais pas quoi dire

Je ne sais pas quoi faire

Je ne sais pas me souffrir

Ce n’est pas mes affaires

 

Tu as fui comme ça

Un beau matin d’avril

En m’abandonnant là

Ce n’est pas très subtil.

 

Je ne sais pas quoi dire

Car ça me rend malade

Je ne sais pas quoi faire

En entendant tes salades.

 

Tu t’es moqué de moi

En disant que tu m’aimais

Je ne crois plus en toi

Je sais que tu me mentais.

 

Je ne sais pas, je ne sais plus

Où t’es parti et avec qui

Mais tu m’as fait cocu

Avec un de mes amis

 

Je ne sais pas pourquoi

Tu m’as laissé tomber

Je ne sais pas en quoi

J’ai pu te contrarier.

 

Maintenant, je vais te dire

Ce que je vais lui faire

Pour sauvagement le punir

D’avoir voulu te plaire.

 

Je ne sais pas quoi dire

Je ne sais pas quoi faire

Tu m’as fait faire le pire

On va me mettre les fers.

 

Je ne sais pas quoi dire

Je ne sais pas quoi faire

Je sais que tu vas souffrir.

Ce n’est pas mes affaires

 

Gérard de l’Extrême – 17/2/2017

La différence

 

Il y a chez elle quelque chose que je n’ai pas

Une gentillesse, un petit je ne sais quoi

Qui la rend différente, mais qu’on ne voit pas

C’est un grand mythe qui me laisse pantois

 

Il y a chez moi quelque chose qu’elle n’a pas

Une hardiesse, une envie de me faire roi

Qui me rend différend et qu’elle n’aime pas

Je ne suis pas austère, je veux être la loi.

 

Il y a chez nous quelque chose qu’on partage

De l’estime et l’envie de s’aimer tous les jours

On n’est pas différent quand on n’est pas sages

On ne forme qu’un, quand nous faisons l’amour

 

Il y a chez elle quelque chose que j’adore

Une beauté qui me donne envie de l’aimer

Mais surtout une belle âme qui l’honore

Car elle m’a donné à gloutonner sa fragilité.

 

Il y a chez elle tout ce que je n’ai pas

Elle est femme, elle est belle et fragile

Beaucoup de choses que je ne comprends pas

Mais que je lui vole, ce n’est pas facile.

 

Il y a chez moi quelque chose de brutal

Une force de dominateur qui veut décider

Et qui joue avec elle comme un animal

Qui prend tout ce qu’elle veut bien donner.

 

Il y a chez elle la volonté de rester femme

Il y a chez moi, le besoin de la soumettre

Il y a chez nous l’envie de garder la flamme

Qui nous unit et peut tout nous permettre.

 

On est différents, c’est pour cela qu’on s’aime !

Elle est différente, car elle reste un mystère exotique

On est différents et c’est cela qu’on aime

Je suis différent, et cela n’est pas que physique.

 

 

Gérard de l’Extrême – 27/1/2017

 

La poésie vue du ciel.

 

Perdu dans les nuages,

Les mots chantent la vie,

Au bonheur des rois mages

Qui apporte nos envies.

 

 

La poésie est aux yeux du poète un bijou merveilleux. Les mots sculptés pour ne pas dire : ciselés, il les choisit dans son cœur, car, pour ceux-là, il n’y a pas de dictionnaire. Façonnés au rythme d’une musique douce ou emportés par un tourbillon de notes, les mots du poète nous charment et nous invitent à la rêverie.

 

Le mystère de la poésie est grand. Les émotions, qui se dégagent des poèmes à la lecture des mots, restent une énigme qui traverse le temps, comme si elles appartenaient à un art inné. En effet, quelle que soit l’époque, cette forme d’expression marque toutes les civilisations. Faisant partie des âmes, de l’Orient à l’Occident, du Nord au Sud, les faiseurs de beauté, les charmeurs de tous genres, usent des mots choisis pour envoûter ou générer la plénitude. Créateur de mondes merveilleux, enchanteur, tribun, barde ou chanteur, le joueur de mots est mon ami.

 

Cependant, la poésie, cette expression naturelle, se trouve prisonnière de la carapace humaine. Elle ne vit que dans l’intimité du soi, et, pas assez souvent, elle ne s’échappe, elle ne s’envole et inonde les esprits dans des cénacles de communication. Il est loin le temps des rencontres, il est loin le temps du partage des émotions en des lieux où le charme opérait. La vie moderne où il semble impossible de s’ennuyer contraint les hommes à s’ignorer.

 

Je suis, nous sommes, nous devrions tous être des adeptes de la poésie vivante, de la poésie libre qui envahit tous les cœurs. Enfants, jeunes, riches ou pauvres, malades ou biens-portants, vieux et centenaires, notre lien avec le rêve se trouve dans les mots du poète. Faire vivre la poésie est un devoir, un sacerdoce, mais surtout un plaisir incomparable ! Chaque mot écrit, chaque mot entendu, correspond à un message subliminal, qui, agréablement, détruit la souffrance, la peur, le mal-vivre, puis repousse inexorablement les ravages du temps et la mort.

 

À vous qui lisez mon apostolat, je vous déclare ma foi en la poésie et ses bienfaits humanistes. Sachez que toutes les révolutions sont enguirlandées de vers à la musique des aficionados. Sachez que toutes les religions sont ornées de psaumes ou de versets aux musiques spirituelles. Sans être fou, je vous invite à vous évader de votre carcérale vision du monde et à me rejoindre à la porte du bonheur pour vous élever dans les nuages, là même, où les oiseaux ne vont jamais.

 

Gérard de l’Extrême – 23/11/2011

Le jardin secret.

 

Je suis allé dans ton beau jardin secret

Sentir le persil et goûter les bonnes fraises

Ta main tenait bon le tuteur discret

Qui portait les tomates hollandaises

 

J’ai tendu la main et cueilli la poire

Qui pendait à ma hauteur de bouche

Je n’en ferais pas toute une histoire

J’ai mordu le fruit, chassé la mouche.

 

J’ai visité le sillon semé de grains

En humant les odeurs parfumées

Pour y trouver la trace que tu crains

Où la vipère tueuse peut se cacher.

 

Jardin secret, jardin des amours

Tu es le reflet de toutes les fraîcheurs

J’aimerais cette terre pour toujours

Je labourerais le sillon avec ardeur.

 

Le poireau dressé et durci par le gel

Ou la courgette verte de l’été,

Les figues vertes de l’arbre rebelle

Et les splendeurs de ton poirier.

 

Sont les fruits de notre jardin secret

Pour nous donner tous les plaisirs

En échange de nos charmes discrets

La nourriture de tous nos désirs.

 

Dans ce jardin, les pervers sont exclus

Car notre secret est très bien protégé

Les méchants n’y viendront plus

Car de nos mains, il est bien cuirassé.

 

Gérard de l’Extrême – 12/2/2017

 

L’africain. (Texte sans verbe)

 

Dans l’insoutenable solitude, sous le soleil destructeur, la recherche de la vie. Au milieu des dunes de sable monstrueuses, la détresse et la misère. Résultat de l’action du colonisateur ou bien sous la contrainte de la dictature, une volonté de mort. Les mercenaires et l’armée régulière, les massacres et sa vie. Pour son envie de suicide et sa volonté de vengeance ou bien de révolte, plus assez de force. Sur ses terres stériles et sèches à cause des tribus de porteurs de machettes, les ventres vides, la soif insupportable et la sécheresse. Punitions des Dieux ? La maladie et Sida, le palud meurtrier, la malaria, les mouches dévoreuses des yeux et les mambas assassins ou les feux ravageurs ; un choix ?

 

Sa colère et sa rage : la fin de sa belle Afrique.

 

Puis, la lumière et l’espoir en l’avenir, la grandeur de Dieu et le miracle possible. Sa mort par la guerre ou sa survie par la fuite la seule chance de son avenir. La direction du chemin de sa vie avec le guide céleste. La route du guide terrestre pour un avenir à son espoir. Grandeur du destin des hommes ; de son destin.

La marche, toujours et encore un pied devant l’autre, la tête vide. La souffrance, l’aide, le soutien du passeur contre de l’argent, dramatique dette sans espoir de retour. Puis, finalement, le sourire, le bonheur, la découverte de la route libératrice avec le poids de l’incompréhension, des Palabres et des trahisons douloureuses. Les salopards, les enfants de pute sans foi ni loi, la dévotion au fric résultat de la corruption et de l’hypocrisie. Le flouse, les viols : la honte.

Dans les campements sordides avant le bateau, le froid, la nuit et la peur. La découverte de la faim, de la vraie faim et de l’insupportable soif.  La découverte de la peur de la noyade, la lugubre vague d’un désert liquide et violent. Les morts des corps noirs dans les eaux sinistres d’une mer sans pitié ; sans linceul, avec seulement les survivants comme témoins. Dans l’isolement, la prière : Jésus, Allah. La recherche de la lumière du Prophète Abraham, de l’étoile référence de l’existence de Dieu. Nuit sordide !

Dans les lumières de la civilisation, l’éblouissement, l’espoir impossible, les chocs puis les cris, la mitraille de la police des frontières, son évanouissement. Encore et toujours la corruption et la trahison, le flouse dans le sang et la souffrance. La marche, encore la fuite en avant pour toujours et plus que jamais la soumission.

Tous les jours, les nuages blancs de la pluie, le vent de l’hiver et le gel. La neige inconnue et éblouissante. Le tumulte dans les lumières au milieu de la richesse et de la surabondance. La circulation d’un peuple indifférent et la police. L’incompréhension de ceux à la parole forte, aux gestes de menaces. Le désespoir des menottes de la prison dans une cellule de rétention puis, le silence lourd et l’avocat. Perpétuel désespoir au milieu des pleurs et des paniques avant l’abandon et la lassitude. L’obligation d’empruntes sur des papiers et menaces de l’autorité. Reproche de la couleur de peau, la force des propos racistes et les violences inutiles. Enfin la peur du retour, de l’échec et de la critique des siens, de ceux de là-bas. Des regrets ? Non : haine, rage.

 

Avec toi mon ami, le partage de l’incompréhension, de l’indifférence, du manque d’amour et de respect : ma réflexion sur le plus grand des fléaux pour tous.

 

Gérard de l’Extrême – 9/10/2008

 

 

 

Salle à tuer. 

 

            Proche du stade, juste derrière le complexe cinématographique de la ville, la manifestation encadrée par un service de police privée composé totalement d’androïdes et de robots est une inauguration de la nouvelle réponse politique de l’État suite aux attaques permanences de la police nationale par les adolescents et récemment les enfants de la république dont plus personne n’a le contrôle.             Après les salles de shoot en 2016, le premier des ministres et celui de l’Intérieur accompagnent la maire. Cette femme d’une rare beauté a toujours fait preuve d’autorité. La cravache à la main, bottée, la jupe étroite et le corsage ajustés, elle porte un casque en guise de chapeau. Il est vrai que le casque est beau, noir, il lui donne fière allure. D’un pas ferme et décidé, elle guide les autorités à l’intérieur de la salle dont elle espère tirer parti pour se faire réélire et se faire connaître au niveau national. 

            Une lourde porte métallique de construction sidérurgique pivote lentement. Elle est actionnée par un vérin hydraulique puissant. La salle que découvre le cameraman de la chaîne TV officielle est d’une dimension surréaliste. Les murs latéraux sont richement décorés par des fresques taguées par des grapheurs patentés et, dans une ambiance citadine, les représentations d’immeubles et de rues en trompe-l’œil donnent une dimension visuelle importante. Le sol est pavé et maintenu brillant par une brumisation de l’eau artificielle qui provient d’en bas. La sonorisation de pas, de bruits d’automobiles, de voix humaines crée l’illusion d’être dans un ensemble de banlieue à un carrefour animé. Les enfants et adolescents qui viendront ici libérer leur pulsion addictive pourront en toute sécurité s’adonner à leur envie de tuer, de casser du flic. Ici, toutes les mesures sont prises pour qu’ils ne se blessent pas et qu’ils soient protégés des éventuelles représailles ou maladresse des policiers de la ville. Pour que les plus hautes autorités de l’État qui ont fait le déplacement en prenant des risques considérables aient la conviction que la maire est dans son droit, elle a aussi invité le représentant des droits de l’homme et, pour la partie médicale, le professeur, prix Nobel de médecine, qui a proposé ce type de soins préventifs.

            Une démonstration explicative se déroule sous les yeux des témoins, de plus elle est diffusée en direct. Pour un réalisme parfait, les candidats sont de vrais petits tueurs volontaires qui acceptent le traitement préventif. Il y a un enfant de douze ans, un autre de quinze ans et le troisième à vingt ans. Les autorités se placent dans la pièce supérieure qui possède une vitre blindée où sont enregistrés les comportements des patients pour mesurer la baisse de leur agressivité. Lorsqu’ils entrent dans la salle, ils sont armés de fusils de guerre, de cocktails Molotov et le plus grand a un lance-roquettes antichar. Au fond du stand de tir, des policiers sont introduits de force dans l’arène. Ils portent l’uniforme classique, le gilet pare-balles réglementaire. Ils cherchent désespérément une protection et instinctivement ils se jettent derrière la voiture qui pourrait être la leur. Sans arme pour riposter, avec une simple matraque, ils reçoivent une bouteille en feu qui roule sous la voiture et l’enflamme.

Quand ils quittent la seule protection qu’ils ont, ils sont fauchés par une rafale de Kalachnikov. L’un d’eux ne se relève pas, mais les trois autres plongent derrière un banc. Le plus jeune des assaillants avance avec bravoure en longeant le mur de gauche. D’une main sûre, il lance son cocktail avec une précision insuffisante et crée un écran de fumée qui permet aux blessés de retourner derrière la carcasse de la voiture. Le déluge de feu qui se déclenche est assourdissant. La fumée qui envahit tout et l’odeur de la poudre qui les étouffe les obligent à tenter une sortie. Les policiers crient et se ruent sur les attaquants, les jeunes en arme hurlent, tout va vite et dans un assaut final, ils massacrent les policiers jusqu’au dernier.

            Lorsque le calme revient, les jeunes sont invités à réaliser les mesures de sécurité avant de rendre leurs armes et à rejoindre le service médical pour que soit mesurée la chute de leur agressivité. Au fond, le service de nettoyage enlève sans ménagement les cadavres de ceux qui ont servi de cibles vivantes pour les transférer à la morgue. À la vue des corps brûlés et transpercés, Adrien se réveille en sursaut et hurle de toutes ses forces, Nathalie le prend dans ses bras, lui essuie les larmes et le rassure en lui disant : « Je suis là, tout va bien... » Incapable de se rendormir, il se rend à son commissariat de quartier avec un mal de tête tenace. Deux heures plus tard, la peur au ventre, il part en patrouille avec Nathalie sa petite femme chérie.

 

Gérard de l’extrême – 11/10/2016

 

 

 Vaine tentative

 

            Après de nombreuses tentatives avortées, il avait réussit à la cabrer sur ce canapé.

            Il la regarda distraitement d’un œil curieux : elle semblait prête à s’offrir, la bouche entrouverte, la paupière tremblante.

            Soudain une douleur aigüe dans son dos fit des siennes ; pourtant il s’était juré d’effectuer ses travaux d’approche du côté gauche ; là, il était à droite toute ! Le désir avait du brouiller les neurones agissant sur la latéralisation.

Que faire ? Le moindre mouvement lui occasionnait des cris de douleur.

            Au début, elle avait pris cela pour une manifestation du plaisir, mais cela durait...

            Elle s’exclama :

            — Qu’y a-t-il, tu coinces ?

            — ça fait très mal

            — Où as tu mal ?

            — Dans le bas du dos, mais ça irradie partout.

            — C’est bien ma chance ! Bon, soulèves-toi un petit peu, je vais tenter de glisser et de me relever.

            — Je ne peux pas, mon lumbago a du se réveiller, c’est horrible, je ne peux pas faire le moindre mouvement !

            — Mais qu’ai je fais au bon Dieu pour mériter cela ?

            — Je t’en prie, si tu le peux, saisit mon téléphone sur la tablette et fais le 18, les pompiers !

            — Tu rigoles, mon mari est officier de réserve, toute la caserne va se gausser de mon aventure. De toute façon ton téléphone est trop loin. Qu’allons-nous devenir ? Je commence à être tétanisée.

            — Et moi donc, mon corps n’est que souffrance.

 

            Les échanges durèrent encore longtemps, la fatigue les envahit.

            La pénombre puis la nuit cachèrent petit à petit cette scène tragico-comique.

            Le lendemain matin, la femme de ménage les trouva ainsi, enlacés, assoupis.

            Elle poussa un cri d’effroi.

            On aurait dit des corps momifiés retrouvés à Pompéi dans des poses suggestives.

 

Jean-Louis Devevey, le 22 janvier 2017

 

                              

 

 

 



22/03/2017
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