Mots en liberté

Mots en liberté

Lectures du 15 avril 2017

Vision du monde

 

Il y a plusieurs siècles déjà, lorsque je me suis réveillé, je n’étais plus dans mon lit. Il m’a fallu un long moment avant de comprendre ce qui m’arrivait. Il y avait plusieurs jours où mes nuits ne m’apportaient pas le repos habituel. Le matin, lorsque mon valet sonnait, il me fallait du temps pour émerger et atteindre une certaine capacité à être capable de réagir. Les nuits précédentes, mon sommeil était si lourd qu’il ne restait rien dans mon conscient. J’avais le sentiment que progressivement ma mémoire se vidait. Cet état-là n’était pas habituel. Il y avait donc quelque chose qui provoquait ce phénomène. Étais-je malade ? Des ondes maléfiques perturbaient-elles mon cerveau ? Devenais-je un humain sous l’emprise de forces occultes ? Autre chose ?

Ce matin-là, pourtant, je me retrouvais en perte de conscience en dehors de mon lit dans une situation effrayante. Je n’étais plus dans ma chambre, j’étais dans un lieu indéfini. Je ne voyais plus rien, je n’entendais plus rien, je ne sentais plus rien d’habituel. Le plus extraordinaire était que je me souvenais parfaitement de tout. Au plus loin que je cherche dans ma mémoire, les choses restaient claires, détaillées et complètes. Hier, tout était flou, aujourd’hui tout est limpide comme de l’eau de roche. Là, depuis mon réveil, je pouvais facilement croire que mes sens étaient devenus incapables de fonctionner. Aveugle, sourd et insensible, je suis prisonnier dans un cube noir, une bulle peut-être, ou encore un tunnel. Ma première peur était d’être mort, d’être trépassé dans la nuit et d’avoir franchi la frontière entre le monde des vivants et celui des morts. Lorsque j’ai voulu poser mes deux mains sur le ventre, je n’ai rien senti, ma peau ne fonctionnait plus. Je me suis mordu un doigt, je n’ai rien senti. Je vivais cette invraisemblable impression d’avoir été désincarné. Mon esprit avait quitté mon corps.

J’avais en premier la crainte de rentrer en panique, la situation me donnait envie de crier, d’appeler à l’aide, mais j’en étais bien incapable, physiquement, je n'existais plus. Que pouvais-je faire d’utile ? Rien ; attendre me semblait être le plus raisonnable. Attendre, oui, mais attendre quoi ? Je ne savais pas, je n’en avais pas la moindre idée, mon imaginaire me faisait défaut. Pourtant, la raison me poussait à faire cela, attendre que quelque chose se produisît.

En ce lieu mystérieux et troublant, je vivais un sentiment de lévitation, un vide qui ne me donnait pas le vertige, mais qui m’isolait du monde réel tel que je le connaissais depuis ma naissance, depuis toujours. Mon corps ne pesait plus rien, j’étais libre comme l’air et pourtant j’avais conscience d’être en prison, d’être dans une cage où les limites seraient invisibles. Attendre, oui, combien de temps devrais-je attendre ? Et, attendre quoi ?

Rapidement, je n’eus plus conscience du temps qui passait. N’ayant pas de repère, le temps se figea. Je ne savais plus depuis quand j’étais là et encore moins si c’était récent ou pas. Je croyais que mes souvenirs étaient proches, mais avais-je raison ? Je fis alors un effort mental douloureux en cherchant à imaginer la logique de ce qui m’arrivait. Rien, ce fut un effort inutile tout aussi inutile que de vouloir trouver le chemin qui me ferait sortir de l’obscurité. Intellectuellement, j’en avais la volonté, mais quelque chose de plus fort m’imposait d’attendre. Pourtant, cette puissance immatérielle ne révélait pas pourquoi il était utile d’attendre et inutile de se battre pour en sortir. Fallait-il croire que de ne pas souffrir ni de subir les méfaits de la vie provoquait une sorte d’anesthésie béate, une acceptation qui me rendait complice ?

Ma désincarnation n’était pas la vision que je m’étais faite de la mort. J’avais comme tout un chacun cru que l’on sortait de son corps pour le survoler et que l’âme se vaporisait pour disparaître du monde visible et que nous vivions après le grand mystère, l’inconnu. J’avais toujours imaginé que si personne ne revenait de là-bas, c’est que c’était mieux qu’ici. À l’époque, cela me rassurait, maintenant, cela me fait horriblement peur. Où suis-je ? Que suis-je devenu ? Que font les autres ? C’est ça... que font les autres ?

J’ai instantanément eu le sentiment que j’étais ici depuis toujours. Je réalisais, sans savoir pourquoi, que mon vécu qui était dans ma mémoire avait été un rêve. À ce moment, je crois que ma vie n’était pas réelle, mais virtuelle, purement imaginaire. Je ne crois plus avoir été professeur, je ne crois plus avoir aimé Isabelle, car elle n’existait pas. Ma vie fut une sorte de mystification, un trompe-l’œil, un rêve. Je comprends que ce fut mon cerveau qui aurait créé mon existence. Il a réalisé des visions en envoyant des excitations à mon corps pour qu’il construise une histoire mémorielle virtuelle. Je n’ai pas existé, tout est mensonge, je suis un zombi et cela depuis toujours.

Combien de temps ai-je attendu ? Aucune idée. Où étais-je ? Je ne le sais pas. Qui suis-je ? Je m’appelle Erneste, Ferdinand, Victor de la Valière de Mantry, vicomte de la Franche-Comté depuis la nuit des temps.

Aujourd’hui, j’ai peur. J’ai peur des hommes modernes qui sont en mesure de coloniser la totalité du globe terrestre pour en provoquer sa destruction. J’ai peur, car ils jouent avec les secrets de la vie en n’ayant pas conscience que ce jeu est dangereux. Oui, je sais que les humains ont une mission, une seule mission qui consiste à ne pas mourir, à ne pas disparaître du monde vivant. Ils savent inconsciemment que leur séjour sur la Terre arrive à son terme. Ils savent que pour ne pas disparaître ils doivent trouver une autre planète, un autre territoire, mais ils ne savent pas où elle est et quand ils seront capables d’y aller. Alors, ils se battent sans véritable raison. Ils ne cherchent pas à savoir si ce qu’ils cherchent n’est pas une utopie, une irréalité, cela, ils sont bien incapables de le comprendre, car ils ne savent rien du vrai.

Dans le monde où je suis, la vision de l’existence terrestre des humains est sans intérêt et fausse. La vision de l’humain est totalement à l’opposé de la réalité. Ce qu’elle croit voir est purement imaginaire, sans fondement. La dérive de la vision scientifique qui est passée de l’observation à une vision théorique par projection en suivant des algorithmes a créé un monde d’aveuglement. L’incroyable mensonge de leurs visions les oblige à voir, entendre et vivre une vie si éloignée de la globalité du réel qu’ils sont des êtres innocents, incultes, perdus, handicapés, aveugles et insensibles. Dans le monde qu’ils croient réel, ils ne voient rien ni n’entendent rien, car ce qu’il croit être, ils l’ont imaginé et continuent à construire des certitudes, car ce qu’ils croient voir n’existe pas, et ce qui existe, ils ne le voient pas.

Dans l’ignorance, aveuglée par la folie, la petite bête humaine ne voit rien de plus que ses performances et son intelligence sont capables de voir ou de comprendre. Ils vont devoir tous mourir pour mesurer ce qu’ils sont réellement.

 

Gérard de l’Extrême – 28/1/2017

 

 

 

PATER NOSTER

 

Notre Père qui êtes au cieux

Restez-y

Et nous nous resterons sur la terre

Qui est quelquefois si jolie

Avec ses mystères de New York

Et puis ses mystères de Paris

Qui valent bien celui de la Trinité

Avec son petit canal de l'Ourcq

Sa grande muraille de Chine

Sa rivière de Morlaix

Ses bêtises de Cambrai

Avec son océan Pacifique

Et ses deux bassins aux Tuileries

Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets

Avec toutes les merveilles du monde

Qui sont là

Simplement sur la terre

Offertes à tout le monde

Éparpillées

Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles

Et qui n'osent se l'avouer

Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer

Avec les épouvantables malheurs du monde

Qui sont légion

Avec leurs légionnaires

Avec leurs tortionnaires

Avec les maîtres de ce monde

 

Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres

Avec les saisons

Avec les années

Avec les jolies filles et avec les vieux cons

Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

 

Jacques Prévert, Paroles (1945)

 

 

Le château des pauvres, de Paul Éluard.

 

Venant de très bas, de très loin,
nous arrivons au-delà .

Une longue chaîne d’amants
Sortit de la prison dont on prend l’habitude

Sur leur amour ils avaient tous juré
D’aller ensemble en se tenant la main
Ils étaient décidés à ne jamais céder
Un seul maillon de leur fraternité

La misère rampait encore sur les murs
La mort osait encore se montrer
Il n’y avait encore aucune loi parfaite
Aucun lien admirable
S’aimer était profane
S’unir était suspect

Ils voulaient s’enivrer d’eux-mêmes
Leurs yeux voulaient faire le miel
Leur cœur voulait couver le ciel
Ils aimaient l’eau par les chaleurs
Ils étaient nés pour adorer le feu l’hiver

Ils avaient trop longtemps vécu contradictoires
Dans le chaos de l’esclavage
Rongeant leur frein lourds de fatigue et de méfaits
Ils se heurtaient entre eux étouffant les plus faibles

Quand ils criaient au secours
Ils se croyaient punissables ou fous
Leur drame était le repoussoir
De la félicité des maîtres

Que des baisers désespérés les menottes aux lèvres
Sous le soleil fécond que de retours à rien
Que de vaincus par le trop-plein de leur candeur
Empoignant un poignard pour prouver leur vertu

Ils étaient couronnés de leurs nerfs détraqués
On entendait hurler merci
Merci pour la faim et la soif
Merci pour le désastre et pour la mort bénie
Merci pour l’injustice
Mais qu’en attendez-vous et l’écho répondait

Nous nous délecterons de la monotonie
Nous nous embellirons de vêtements de deuil
Nous allons vivre un jour de plus
Nous les rapaces nous les rongeurs de ténèbres
Notre aveugle appétit s’exalte dans la boue
On ne verra le ciel que sur notre tombeau

Il y avait bien loin de ce Château des pauvres
Noir de crasse et de sang
Aux révoltes prévues aux récoltes possibles

Mais l’amour a toujours des marges si sensibles
Que les forces d’espoir s’y sont réfugiées
Pour mieux se libérer

 

J’ai cueilli cette fleur, de Victor Hugo.

 

 

J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l'âpre escarpement qui sur le flot s'incline, 
Que l'aigle connaît seul et peut seul approcher, 
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher. 
L'ombre baignait les flancs du morne promontoire ; 
Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire 
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil, 
À l'endroit où s'était englouti le soleil, 
La sombre nuit bâtir un porche de nuées. 
Des voiles s'enfuyaient, au loin diminuées ; 
Quelques toits, s'éclairant au fond d'un entonnoir, 
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir. 
J'ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée. 
Elle est pâle, et n'a pas de corolle embaumée. 
Sa racine n'a pris sur la crête des monts 
Que l'amère senteur des glauques goémons ; 
Moi, j'ai dit : Pauvre fleur, du haut de cette cime, 
Tu devais t'en aller dans cet immense abîme 
Où l'algue et le nuage et les voiles s'en vont. 
Va mourir sur un cœur, abîme plus profond. 
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde. 
Le ciel, qui te créa pour t'effeuiller dans l'onde, 
Te fit pour l'océan, je te donne à l'amour. -
Le vent mêlait les flots ; il ne restait du jour 
Qu'une vague lueur, lentement effacée. 
Oh ! comme j'étais triste au fond de ma pensée 
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir 
M'entrait dans l'âme avec tous les frissons du soir !

 

 Île de Serk, août 1855

 

 

Les oiseaux volent, pas nous…

 

Ils ont la chance de voler haut dans le ciel

De se perdent dans les couleurs de l’arc-en-ciel

Ils sont petits oiseaux ou des grands aigles royaux

Qui nous voient tous petits quand ils volent là-haut.

 

Je suis jaloux de leur avantageux talent

Et pourtant j’admire ce qu’ils font bien souvent

En occupant le ciel sans nuages trop gris

En volant longtemps à me donner le tournis.

 

L’immensité du ciel leur appartient toujours

Alors que nous, nous rampons dans le désamour

D’une terre lourde et forte qui nous retient

Nous retenant au sol à rêver d’aérien.

 

Faudrait-il dire que le créateur fut idiot ?

Ou que son choix fut celui d’un grand salopiot.

Nous ne sommes pas des anges sur cette Terre

Est-ce bien pour cela que nous restons à terre ?

 

Les oiseaux volent et pas nous, c’est bien malheureux

Les hommes volent en rapine, ce n’est pas eux

Qui sont coupables de nos travers de bandits

Ils volent dans le ciel parce qu’ils sont gentils.

 

Ne volons plus soyons des anges et volons

Haut dans le ciel, près des nuages en flocon

Pour regarder la Terre des vieux pénitents

Et retrouver le bonheur des êtres volants.

 

Gérard de l’Extrême – 6/4/2017.

 

 

Texte érotique de Papi.

 

   Teresa vient tous les ans à Royan, un mois durant l’été. Au mois d’août précisément. Cela fait huit ans qu’elle vient. Elle loue toujours dans le même quartier de Pontaillac et cela fait trois ans qu’elle loue la villa « Bon Air » à cinq minutes à pied de la plage. Teresa affirme qu’elle se contente de peu et qu’elle n’aime pas le changement c’est pourquoi elle a choisi une fois pour toute de venir en vacances ici et n’envisage pas d’aller ailleurs. Son mari est d’accord, de toute façon, jamais il ne la contrarie Mais il y a une autre raison, qu’elle n’avouerait pour rien au monde, il y a un homme qu’elle retrouve tous les ans. Ce n’est pas qu’elle n’aime pas son mari, bien au contraire. Elle possède un mari parfait, beau et intelligent. Elle s’estime comblée ou presque. Mais il y aussi l’autre.
  En posant le pied pour la première fois de la saison sur la plage, bien avant de planter son parasol tout neuf et de déposer les jouets de son fils, elle a jeté un coup d’œil dans sa direction. Il se met toujours au même endroit depuis des années, comme elle. Occupé avec son fils, son mari, comme d’habitude, ne s’est rendu compte de rien tant elle est discrète. Il est là, comme tous les ans, installé sur sa serviette orange. Même si tout s’est passé en un quart de seconde il lui a délivré un message épais comme une bible. « D’une année sur l’autre, tu es toujours aussi belle Térésa, mais quand viendras-tu enfin seule que nous puissions faire connaissance et bavarder. Je ne connais de toi que le prénom et le corps, si beau, si délié, si femme. Tu sais depuis combien de temps j’ai envie de te prendre dans mes bras, de te caresser… »
   Un frisson délicieux picote alors la nuque de Teresa. Elle n’a jamais trompé son mari mais avec cet homme, il lui semble que la chose serait possible et même nécessaire. Il est toujours seul, étendu aux deux tiers de la plage, à la limite de la marée montante, de l’estran comme disent les pêcheurs. Sa serviette de bain est orange aujourd’hui, parfois c’est une serviette bleue, ou encore une blanche avec des motifs multicolores et il est toujours orienté dans sa direction. Comme tout le monde elle s’installe dans un petit espace virtuel qu’elle retrouve d’une année sur l’autre. Malheureusement pour lui, et pour eux deux, elle ne vient jamais seule mais toujours avec Pierre, son mari. Même quand il se rend chez le dentiste, il faut l’accompagner. Et puis il y a l’enfant. La première année quand Térésa est venue à Royan elle était enceinte. Belle et enceinte.
  Plusieurs fois elle a suggéré à Pierre d’aller jouer à la pétanque avec les mordus qui glapissent de l’autre côté du casino, derrière le parking. Peine perdue, il préfère rester près d’elle. Et puis que feraient-ils, l’inconnu et elle ? Mais, par exemple, ils se baigneraient à quelques mètres l’un de l’autre, il la frôlerait en nageant. Toucherait peut-être sa main, mine de rien. Elle ferait bien attention à ce que son fils ne s’aperçoive pas de leur manège. Il lui toucherait peut-être même les hanches ou les seins sous l’eau. Il y a tant de baigneurs que cela est tout à fait possible. Peut-être même les cuisses, fines et musclées, dont elle est fière, ou même les fesses qu’elle a magnifiques, rondes et fermes. Ou le minou. Elle ferme les yeux et se laisse aller dans son fauteuil de plage. Elle se sent humide, brusquement ; pourvu qu’elle ne mouille pas la culotte de son maillot de bain. Elle entend à peine son mari qui l’avertit qu’il va se baigner. Pauvre chéri, s’il pouvait couler à pic. Elle sursaute devant l’énormité de ce vœu et fébrile le cherche des yeux tandis qu’il marche le plus tranquillement du monde vers la mer.
   Elle frôle le regard de l’autre et c’est comme s’il l’embrassait sur la bouche. C’est tous les ans ainsi, depuis huit ans et pendant un mois. Elle ne lui a jamais adressé la parole, il n’a jamais dit un mot. Ils se regardent, c’est tout, pendant tout le temps où ils sont sur la plage. C'est-à-dire, pour elle, de onze à treize heures et de seize à dix-neuf. Il est là avant qu’elle n’arrive et il part après elle. Parfois elle s’allonge sur sa natte de raphia pour sentir son regard sur ses fesses où sur son sexe, entre ses jambes fines et dorées qu’elle s’amuse à ouvrir, rien que pour lui. Parfois bien que son mari n’apprécie pas elle enlève son soutien-gorge et expose sa poitrine menue à son regard. Elle sent alors passer sur ses seins comme un vent très chaud. Elle le fait quand son mari va se baigner, dès qu’elle le voit sortir de l’eau elle reprend une pose plus décente. Parfois le regard insistant de l’homme et les poses sensuelles qu’elle prend l’amènent au bord de l’orgasme.
   Quand son mari peut surveiller leur fils, elle part vers l’eau à son tour. Il n’est pas rare alors qu’elle s’arrête près de lui une seconde ou deux, de l’air de quelqu’un qui hésite ou qui cherche à se souvenir de quelque chose. Elle passe un doigt dans l’échancrure de sa culotte de maillot de bain, à l’aine. Elle fait jouer l’élasticité du tissu, il a alors la vision de son pubis aux poils bruns, drus, fournis et doux comme de la laine d’agneau. Parfois elle se tourne vers lui et s’ils sont seuls et si son mari est occupé avec le gamin, lui en montre un peu plus, son clitoris ou un bout de fesse. Cela l’excite terriblement et quand ils rejoignent leur villa, elle file se masturber dans la salle de bains.
   L’autre matin elle a cru le reconnaître dans le voisin qui venait juste de s’installer avec sa famille. Elle est allée, en faisant attention que son mari ne la voie pas, le regarder sous le nez avant de s’apercevoir de sa méprise. Le voisin a pris cela très simplement, avec le sourire, mais il a voulu savoir. Alors Teresa qui avait envie de se libérer lui a raconté qu’elle l’avait pris pour un autre en lui faisant jurer de garder cela pour lui. Le lendemain le voisin s’est arrangé pour rentrer en même temps qu’eux. Il a lié conversation avec son mari et ils se sont trouvé de nombreux points communs, en particulier celui d’habiter dans le même arrondissement de Paris. Et puis un soir qu’elle avait des courses à faire, au retour le voisin l’attendait.
   – J’ai observé votre manège avec l’inconnu sur sa serviette orange, lui a-t-il dit tout de go. Elle s’est mise à trembler et n’a su que répondre à cette attaque directe et sans fioritures. Je sais ce qui vous passe par la tête, a-t-il continué, cette envie inassouvie, brûlante. L’aventure…Je suis psychologue de métier. Puis il l’a entraîné dans son garage sans qu’elle oppose la moindre résistance. Prestement il a troussé sa robe légère et enlevé son slip. Le sexe de Teresa était si humide qu’il a sauté les préliminaires et l’a pénétrée d’un coup, violemment, la baisant à grandes jetées de reins. Elle a joui avec une violence et une intensité qu’elle ignorait jusqu’alors. Perdue, bousculée, à cet instant, elle ne savait plus qui lui faisait l’amour, son mari, le voisin ou l’inconnu. Et cela a duré des heures ; en réalité deux minutes, mais elle a gardé sa verge dans son sexe toute la soirée, chaude et énorme.
  Le lendemain elle retrouve l’inconnu comme d’habitude sur sa serviette orange, son mari fait un château de sable avec son fils et le voisin est reparti à Paris, rappelé en urgence. Elle se plante alors près de la serviette orange de l’air d’hésiter à rentrer dans l’eau.
   – Merci pour hier, murmure-t-elle en glissant un doigt dans l'échancrure de son maillot.
  À la fin de ses vacances, le dernier jour sera un jour ordinaire, comme d’habitude, simplement elle pensera à l’inconnu de la plage pendant le reste de l’année en se disant que peut-être l’été prochain ils pourront faire l’amour de nouveau. 

  Jean-Bernard Papi   ©   



22/04/2017
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